CONFÉRENCE de février 2020 : RÊVE D’ORIENT, L’HISTOIRE DES COMPAGNIES DES INDES

Lundi 3 février 2020 à 18 h

par

Brigitte NICOLAS

Conservatrice en chef du patrimoine

Directrice du musée de la Compagnie des Indes, Ville de Lorient

Salon Garonne (niveau -1), Hôtel Crowne Plaza, 7 place du Capitole, Toulouse

Résumé

La création des grandes compagnies de commerce à charte, les compagnies des Indes, ne se fait pas ex nihilo au XVIIe siècle. Elle s’inscrit dans un contexte historique séculaire qui est celui de la quête des épices et par conséquent des routes terrestres et maritimes en direction de l’Inde et de la Chine.

Le rôle des marins portugais dans cette épopée vers les Indes est capital. Dès le début du XVIe siècle Lisbonne devient le port d’avitaillement des capitales européennes avides des fabuleuses marchandises de l’Orient.

Évinçant peu à peu les Portugais du commerce d’Asie, les Anglais et les Hollandais fondent respectivement, en 1600 et 1602, l’East India Company et la Vereenigde Oost-indische Compagnie, la VOC. Ils inaugurent ainsi l’ère des compagnies de commerce à charte bénéficiant du monopole du négoce au-delà du cap de Bonne-Espérance.

Plus d’un demi-siècle plus tard, suivant l’exemple des Hollandais, Colbert décide la création des premières compagnies des Indes françaises.

La puissance financière, logistique, militaire et régalienne des compagnies permet la structuration du commerce avec l’Asie. Des escales sont créées, des traités d’entente avec les rois et les suzerains sont signés, des loges et des comptoirs sont fondés. En Bretagne, le chantier d’armement et de construction des navires de la Compagnie devient peu à peu une ville: L’Orient.

Vue des magasins de la Compagnie des Indes à Pondichéry

La périlleuse aventure maritime et financière devient de plus en plus sûre. Les matières premières (épices, thé, café, drogues médicinales, bois, etc.) et les technologies non maîtrisées en Europe (mousselines de coton, indiennes, porcelaines chinoises) deviennent indispensables aux riches populations européennes.

L’histoire des compagnies des Indes met en lumière la mondialisation de l’économie au XVIIIe siècle. Elle est la première partition d’une politique de colonisation qui trouve son aboutissement au moment même où les grandes compagnies perdent leurs privilèges.

Abstract

The creation of the large chartered trading companies, the Indian Companies, did not happen ex nihilo in the seventeenth century. It is part of a secular historical context which is that of the quest for spices and consequently the land and sea routes to India and China.

The role of Portuguese sailors in this epic to India is crucial. From the beginning of the 16th century Lisbon became the bunkering port for European capitals eager for the fabulous goods of the East.

Gradually ousting the Portuguese from Asian trade, the English and the Dutch founded the East India Company and the Vereenigde Oost-indische Compagnie, the VOC, in 1600 and 1602 respectively. They thus ushered in the era of chartered trading companies with a monopoly on trade beyond the Cape of Good Hope.

More than half a century later, following the example of the Dutch, Colbert decided to create the first compagnies des Indes françaises.

The financial, logistical, military and regalian power of the companies enabled the structuring of trade with Asia. Stopovers were created, treaties of agreement with the kings and suzerains were signed, lodges and trading posts were founded. In Brittany, the Company’s shipyard and shipbuilding yard gradually became a city: L’Orient.

The perilous maritime and financial adventure becomes more and more secure. Raw materials (spices, tea, coffee, medicinal drugs, wood, etc.) and technologies not mastered in Europe (cotton muslin, Indian, Chinese porcelain) become indispensable to the rich European populations.

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