Réception de M. Patrick Dubreuq

Nous accueillons ce soir au sein de notre collège des académiciens Mr Patrick Dubreuq.

C’est la ville de Bagnols sur cèze , lovée au cœur du midi méditérranéen, aux portes de la Provence, qui vous a vu naître le 21 octobre 1961.

Après un cursus littéraire vous optez pour l’enseignement de l’histoire de l’art à Montpellier couronné par une maitrise en histoire de l’art avec pour thème «l’étude de la vie et de l’œuvre de Alexandre Roubtzoff , suivi d’un DEA d’histoire de l’art avec pour thème « étude de l’œuvre graphique d’Alexandre Roubtzoff.

Les choix de ces thèmes consacrés à Alexandre Roubtzoff sont le fruit d’une rencontre extraordinaire avec Paul Boglio président de l’association artistique Alexandre Roubtzoff.

Paul Boglio lui-même descendant des exécuteurs testamentaire d’Alexandre Roubtzoff vous détermine dans la décision de travailler sur son œuvre. Cette collaboration va ancrer en vous le faisceau de la lumière des peintures orientale d’Alexandre Roubtzoff’ dans votre ligne de vie. Votre voie est tracée.

Qui est Alexandre Roubtzoff ?

Alexandre Roubtzoff est né en 1884 à St Pétersbourg , où il fut élève de l’académie impériale des beaux arts de cette ville. Alexandre Roubtzoff en obtient le grand prix en 1912.Proche de la cour impériale des Romanov, il quitte ensuite la Russie.

Alexandre Roubtzoff maître orientaliste sa vie ressemble direz vous à ces immigrés russes du début du siècle qui ont erré longtemps dépouillés de leurs terres et de leur culture à la recherche d’un ailleurs prometteur où vivre et se réaliser pleinement.

Pour Alexandre Roubtzoff ce fut l’éblouissement de la lumière de la Tunisie, la richesse et l’abondance des sujets à peindre et à dessiner. Il ne veut pas perdre un temps précieux à se raser : il se laisse pousser la barbe « de glabre à ST Pétersbourg je deviens barbu à Tunis aimait il à dire.

Alexandre Roubtzoff est sollicité de toutes parts. Rome n’est plus Rome selon la formule de Delacroix mais ce sont les grands noms de la culture grecque qu’Alexandre Roubtzoff cite pour évoquer les bédouins. « Ils offrent une harmonie de plis de silhouettes de telle beauté que Phidias ou Praxitèle auraient tourné leur regard vers eux.

Saisir l’intimité d’un être, d’un visage, d’un peuple c’est ce qui vous a séduit dans cette magnifique œuvre orientaliste de Roubtzoff, peut être aussi avez-vous été amoureux de ce portrait de Babiza, la jeune bédouine au regard si fier.

A partir de là vous consacrez de nombreuses publications à cet artiste et bien sûr votre splendide ouvrage « Alexandre Roubtzoff une vie en Tunisie » : en collaboration avec Paul Boglio et Philippe Maroubia publié aux éditions ACR le 26 novembre 1996. Je vous invite à le découvrir.

Vous avez également été commissaire d’exposition consacrée à Alexandre Roubtzoff : Sorgues, Montpellier, Villeneuve Tolosane le Majorat, Toulouse le musée P Dupuy, Bayonne le musée basque, Tunis exposition consacrée aux dessins d’Alexandre Roubtzoff sur la médina de Tunis. Je me souviens particulièrement de l’exposition d’Alexandre Roubtzoff à Toulouse au musée Paul Dupuy, le 13 décembre 1997 et l’émotion de cette rencontre face à la lumière chaude, des rouges, des jaunes, des bruns et de leurs contrastes.

Parallèlement vous organisez des conférences sur Roubtzoff et le courant orientaliste dont un cycle sur ce thème à Toulouse pour l’ATAO et vous avez ainsi réalisé une des premières conférences sur ce peintre,.sous l’impulsion de Monique De Combaud, présidente fondatrice de l’Académie.

Vous avez ainsi participé à de nombreux colloques organisés par Académie. Toujours votre talent, votre description si riche en palettes de couleurs, en anecdotes, en détails, nous faisaient découvrir l’âme de l’œuvre en nous enthousiasmant

Vous continuer d’enchanter ceux qui vous écoutent car vous animez depuis de nombreuses années des cours d’histoire de l’art avec la création d’une section histoire de l’art à Narbonne. Ces cours préparent et sont suivis de voyages à la découverte des grands musées du monde entier : l’Italie bien sûr mais aussi toutes les capitales culturelles européennes dont Vienne, Bruxelles, Amsterdam, Madrid, Barcelone, Prague, Dresde, Munich, Berlin, Cracovie, Oslo, Stockholm, Helsinski, Riga, St Pétersbourg mais aussi les USA avec New York et Washington, guidant ces groupes qui ont comme vous la passion de la peinture.

Ces musées du monde vous permettent de faire découvrir des artistes fondamentaux de l’orientalisme tels que Delacroix dont Renoir déclara que son tableau les femmes d’Alger dans leur appartement était le plus beau du monde .Mais aussi Ingres, Chassériau, Cogniet, Vernet, Dinet, Antoine Jean Gros, Sabbagh (l’égyptien de l’école de Paris) Fromentin, Corot, Emile Deckers et ses portraits de jeunes filles et tant d’autres dont vous nous avez tant de fois régalé de leur vie et de leur peinture, en nous rappelant combien l’esthétique orientaliste a influencé la peinture et la littérature.

Ah ! J’oubliais, Tiepolo ! Vous souvenez vous Patrick d’avoir présenté à l’Académie, pour notre plus grand bonheur cet artiste que vous aimez beaucoup. Ce peintre et graveur baroque né en 1696 qui a travaillé dans les cours européennes, fait caractéristique de la libre circulation des artistes dans l’Europe des Lumières. Tiepolo et son grand cycle de fresques, de batailles, de triomphes antiques, mais aussi de ces portraits, si vifs, si émouvants.

Le mouvement orientaliste est ancré en vous, son courant, son apparition (il remonte au début de la Renaissance, avec les premiers grands voyageurs comme Marco Polo) son apogée, son influence dans le monde, son contexte historique, géographique, culturel, artistique, littéraire (je pense à Montesquieu et ses Lettres Persanes, publiées en 1721,Flaubert avec Salambo dans Carthage antique, Victor Hugo avec les Orientales, mais aussi Lamartine, Nerval, Loti) n’a aucun secret pour vous.

C’est à travers ces approches que vous appréhendez l’Orientalisme : l’artiste, la période, le pays, dans une vision éclectique et riche du sens que vous savez donner à l’oeuvre pour la rendre si vivante, si belle, si humaine aussi. Vous savez exprimer un même message dans lequel s’unissent le terrestre et le céleste dans l’éblouissement de la couleur.

Voilà ! Votre intéret pour l’Orientalisme s’est dessiné il y a longtemps déjà. Il en trace des contours dans votre cœur de façon indélébile. Il vous accompagne. Dans un rayonnement culturel extrêmement vaste vous mettez en synergie l’apport culturel et littéraire et nous devenons grâce à vous les spectateurs subjugués de ces maîtres, avec un regard singulier, attentif, curieux, et toujours passionné.

Plus que jamais dans un monde globalisé, en perte de repères essentiels, la culture doit être perçue pour ce quelle est, une nécessité absolue, garante du devenir des peuples et de leur humanité face au désordre du monde.

Votre culture, Patrick, votre bienveillance, votre passion pour l’orientalisme et ses chefs d’œuvre, sont des vecteurs de l’humanité. Elles nous autorisent à vous accueillir avec grand plaisir au sein du collège des académiciens.